
La tradition manichéenne
Le Manichéisme en tant que religion de lumière, se propagea tout le long du premier millénaire du Maghreb jusqu’en extrême orient. L’implantation de communautés manichéennes du vivant de Mani, suivant la trajectoire de son épopée, se manifestera par la création d’une véritable Eglise universelle, dont le centre géographique restera Ctésiphon, la ville originaire de Mani, et le centre humain, « l’Archegos », véritable chef spirituel successeur direct du prophète. Cependant, de nombreuses contraintes politiques, obligeront les communautés à se déplacer, et à rayonner hors de l’emprise de l’intolérance, ce qui participera à leur confinement, mais également à leur propagation, pour enfin provoquer leur déclin.
Le Manichéisme en tant que religion de lumière, se propagea tout le long du premier millénaire du Maghreb jusqu’en extrême orient. L’implantation de communautés manichéennes du vivant de Mani, suivant la trajectoire de son épopée, se manifestera par la création d’une véritable Eglise universelle, dont le centre géographique restera Ctésiphon, la ville originaire de Mani, et le centre humain, « l’Archegos », véritable chef spirituel successeur direct du prophète. Cependant, de nombreuses contraintes politiques, obligeront les communautés à se déplacer, et à rayonner hors de l’emprise de l’intolérance, ce qui participera à leur confinement, mais également à leur propagation, pour enfin provoquer leur déclin.
L’avènement de la mort de Mani marque le « pontificat » de Sis de Kaskar, qui sous les persécutions anti-manichéennes de Varham II (274-291), sera écourté par son martyre. Ses successeurs n’auront pas meilleurs sorts, de ces premières périodes sombres, le manichéisme éxotérique en tirera un certain culte des martyres, retenus notamment dans les psautiers retrouvés récemment en Egypte.
Le Règne de Narseh marquera lui un certain temps de tolérance manichéenne en Mésopotamie, tandis que Dioclétien promulgue à Alexandrie, un édit politique contre les manichéens dans l’empire romain en 297. Il sera suivis par celui de Valentinien I° (372), argumenté par la ferveur fraîchement chrétienne de la Rome décadente, puis par celui de Théodose I° en 381.
La tendance sera alors à l’anti-manichéisme durant les joutes théologiques des pères de l’Eglise syriaque ou gréco-latine, citons parmi eux St Ephrem, Eusèbe de Césarée, et enfin, plus tard, au tournant du V° siècle, St Augustin. Dans ses 33 livres du Contra Faustum, du nom d’un élu manichéen d’Hippone, il s’attaque aux doctrines de Mani, et rédige ainsi, les piliers de la foi catholique en ridiculisant, à la manière d’un Socrate chrétien, sur place publique, les croyances de son adversaire. Des faits évidemment non avérés, étant donné le passif manichéen de son futur détracteur : en effet, le jeune Augustin, avant son baptême, assistait aux prêches des catéchumènes manichéens tolérés bien que suspectés dans la région. L’ardeur post oedipienne du futur docteur de l’église catholique, soutenus par des talents d’orateur et de logique inégalés, allait convaincre plutard, les autorités romaines soutenues par la foi papale d’organiser des persécutions à l’égard des manichéens du Maghreb. Condamnés à la déportation et victimes d’autodafés, les communautés manichéennes seront contraintes à la vie clandestine. La peine de mort sera promulguée par les empereurs Justin et Justinien en 527 non seulement contre les disciples de Mani mais également contre les convertis silencieux quant à l’identité de leurs anciens coreligionnaires...
Les foyers manichéens d’Egypte, qui jouissaient d’un véritable âge d’or au milieu du IV ° siècle, dont celui de la Medinat Medi, contemporaine du centre gnostique de Nag-Hammadi (qui regroupa notamment bon nombre de manuscrits manichéens) ; persistèrent sous les édits romains, pour enfin émigrer sous d’autres formes lors des conquêtes arabes.
Contraints à fuir la domination sassanide, les manichéens de Mésopotamie bénéficieront dans un premier temps de la tolérance du gouverneur Al-Hallaj ben Yusuf au cours à la fin du VII° siècle, puis ils seront persécutés au titre de « zandiqs » dans tout le monde musulman. Dans ce contexte religieux nouveau, on observera une partition de la communauté manichéenne, jusqu’alors indivisible, lors de schismes consécutifs qui donneront notamment naissance aux denawars. Ces derniers transiteront vers la Haute Asie pour s’implanter à la cour de Chine dans la région du futur Turkestan. Ces émissaires manichéens, après s’être adonnés à de nombreuses confrontations théologiques avec les bouddhistes dominants, parviendront à obtenir la construction d’un « Temple de la Lumière des Grands Nuages » au cours du VIII° siècle dans l’empire Chinois. Un évêque manichéen proposera également la rédaction d’un compendium de la Religion de Lumière estampé par l’académie impériale des sages à l’intention de l’empereur Tang. On présentera Mani non seulement comme une réincarnation du Bouddha (le 5°, tout de blanc vêtu, mo-mo-ni ou Mâr Mani), mais également comme une incarnation de Lao Tseu. Les autorités impériales convaincues, demanderont plus tard aux élus manichéens (mou-cho), de prier pour la pluie lors des périodes néfastes. Le manichéisme oriental atteindra son apogée lors des conquêtes Ouighours, une dynastie qui embrassera la religion de lumière officiellement en 763. Des nombreux monastères seront donc construits dans l’actuelle province chinoise du Xinjiang. Le canon manichéen sera traduit en vieux turc, et la doctrine de mo-mo-ni rayonnera jusqu’à l’effondrement de l’empire en 840. Dès lors, le manichéisme chinois s’éteindra progressivement. Fondu subtilement dans certaines doctrines taoïstes, il s’alliera au cours de la domination des Yuan mongols au XIII° siècle avec le nestorianisme, les sectateurs de Mani seront alors accusés des pires calamités ; contraints à la clandestinité, ils participeront sous la domination des Mingh à des mouvements insurrectionnels orchestrés par des confréries hétérodoxes dont la fameuse secte du Lotus Blanc. En Europe, on assistera à une renaissance manichéenne lors des épisodes cathares et bogomiles au cours des XII° et XIII° siècle. Gardons nous cependant d’en faire un lien historique direct avec la tradition ici présentée…
"Le manichéisme", par Morgan Vasoni, revue "l'Initiation", dirigée par Yves-Fred Boisset, numéro 3, novembre 2006. Site officiel .
