jeudi 23 juillet 2009

Une goutte de Nectar au Monoprix

Une goutte de Nectar au Monoprix
Par Morgan Vasoni




Elle m’apparut au Monoprix, vêtue d’une robe affriolante, déjantée, couvertes de pigeons-articles, de boutons d’or-code barre, dans le rouge-mauve de son contour de bouche, de grands yeux de chat cachant l’indicible murmure d’un rêve de jeune fille, l’âme à la fenêtre grande ouverte, rêvant d’un homme qui sait, ou bien d’un rouge à lèvres…
Une déesse au grand Nom, probable créature d’un royaume perdu, elfe des produits de beauté, la Promenade des anglais, Napoléon vaincu sur ses terres.
L’invocation fut totale et instantanée, aussitôt oubliée. Magie de poupée, les femmes contrôlent ce territoire, retour au matriarcat. Une jeune fille innocente saisit de ses mains-lolita, le téléphone. L’ordre est bref : « Activez ! ».
Plus d’univers, l’écran est noir, black-out Lalita. Quelle violence ! Quelle innocence, sourire de sang, aucune blessure, d’où sort-il cette fois ci ? Comment se fait-il que mon cœur soit réquisitionné jusqu’au point de fracture neurale ?
Fracture neurale accomplie, bienvenu à Bénares, l’énergie circule, le rythme reprend, les dieux sembles repus. Ca a commencé par Mahasmashanath, mot dont le son doux et terrible s’ancre et s’efface alternativement dans les terres de cendre. Tout est beau, riche, bien rangé, plage bleue turquoise, coupé-sport, casino, Las Vegas terroir, Las Vegas quand même. Je remarque la déchetterie psychique, elle me semble douce comme une mère animale, une allemande en robe de gitane, fumant des shiloms, crachant la fumée des étoiles noires dans l’anneau de ses bagues au parfum de rose. Au loin, j’entends Baba hurler « Sudama, come, come ! », comme chaque jour, l’amazone petit bout de bois l’a entendu cette nuit. Ce matin, elle devra traverser les fluides postaux et l’inquiétude des colis du passé, égaré sur une ile déserte avec pour seul indice, preuve d’existence, un numéro secret. Code pin karmique, dont la clef de décryptage se trouve probablement sur le code-barre de la brosse à dent monoprix que je viens d’acheter. Univers féminin. Toutes les femmes du Tarot ne suffisent pas à le décrire. La sévère dame du comptoir prépare la facture sur l’ordinateur de l’hotel. Fuite comique du royaume des asuras classés X, des gares du Sud. Fuite cosmique des hotels groupés, conformés, aux normes, accordés, costumés, attaché-encaissés, 89 euros 99, taxe de séjour incluse. L’ombre politique dans les kiosques. Marx, Raymond Lulle, la fnac, annonces de partouzes, le botin, les 100 ans de Dracula, l’effet Bergson, rayon économie, étage pimkie, caisse monoprix.
Et dans cet univers parallèle, chaque magie-symbole provient de la dame aux bagues de Calcutta. J’y reviens. Elle attends à Babu Ghât en compagnie de sadhus sans scrupules, le nettoyage karmique annuel de Ganga Sagar, là ou le Gange se jette dans la mer, là ou mon sang se jette dans mon cœur. Elle pénètre le front des décrets en tirant la langue. C’est une étoile. Tara.


Je deviens clair, et je me reflète, étrange et ennuyeuse sensation. Mon corps yogi se dilate, le vent souffle sur la terrasse et une poussette vide vient se plaquer derrière mon dos. Dieu m’envoit des enfants absents. Etrange.
Tara est mi indienne, mi allemande, elle porte la voix d’une sage grand-mère de films pour enfants. Elle considère tout le monde comme ses petits, je suis dans ses jupons, je suis dans ses jupons pour l’éternité.
Qui est Patricia ?

Je vous annonce officiellement que je suis devenu un fou heureux. L’allemande aux bagues de rose donc, accompagné de Baba Punjabi, tout droit sortis d’une mauvaise partie de Warhammer version mille et une nuit et Anthony Prakash, double phd en science sociale, refusant les donations en dessous de 100 roupies, la vie est chère jusqu’en Inde.


Et puis Peter, en pleine création artistique tombé amoureux de la gitane du coin. « Oh oui, perds moi dans tes yeux avides d’amour sauvage, de dévotion et de fric ». Accompagne-moi vers la chaleur de la distance. Vante les mérites du Grand Yogi, vante ses péripéties, ses Gloires bestiales, inintéressées, quelle magnifique faiblesse Peter. Tout çà pour un tableau !

Et j’imagine Nakul à Kamakhya danser sur le Lalita Sahasranam. Nakul, même au monoprix de Nice, j’entends tes prières incessantes, ta danse exhibée d’innocence, de sexualité, de flirt avec la vie, baisé volé, les joues rouges, roses pourpres d’hibiscus, taches de rousseur, blond poupée et ses bagues, des colliers de serpents enivrés, des cheveux emmêlés-démêlés, et ton silence éternel, ton sommeil spectral, la trace de ta présence dans le sourire du Guru, intraçable.
« Je ne suis pas capable ». Oh non ! tu n’es divinement pas capable Mahamaya.
KALI – Rien au commencement, verbe inexprimé du chaos de tes seins plein de lait, la nuit de ma naissance.
BADRAKALI – Terrible et douce comme l’adolescente poignardée par sa propre arme.
SMASHANKALI – Tout s’arrête, ainsi que le délire continuel de ce flot décoordonné.
KAPALINI – Mes neurones entre tes mains, Fais ce que Tu voudras sera le Tout de la Loi.
Trop plein dans la perle-Rudraksh contenant la magie de 108 vies. Ignorance ajoutant le pouvoir au pouvoir, inconnue chaste se taisant, mais non, le flot est trop puissant. Et je note l’écho lointain du darshan dans le blanc excessif de ces lignes invisible, recouvertes du manteau de vie, qui a porté le Christ à son procès.
Copyright Pleromon 2009