
L’étude de la Kabbale se base en réalité sur la compréhension de deux mouvements fondamentaux : le mouvement descendant du créateur vers sa créature, et le mouvement ascendant de la créature vers son créateur. La rencontre, qui est appelé Shekinah (ou Présence) est à la croisée de ces deux chemins. Celle-ci peut être matérialisée dans le pentacle martiniste par les deux triangles inversés entre eux, et entrelacés (l’un pointant vers le bas, symbolisant le mouvement descendant, l’autre pointant vers le haut, figurant le mouvement ascendant), frappé en son centre par la croix, symbole de centralité.
C’est au mouvement descendant que vous allons nous intéresser ici. Afin de partir sur de bonnes bases conceptuelles, il faut tout d’abord préciser ceci : il ne faut pas voir la Création comme un acte spatio-temporel mais comme une émanation perpétuelle de lumière de Dieu vers sa création. Cette lumière constamment envoyée permet au monde créé de « tenir debout », sa stabilité résultant de la succession d’étapes cosmogoniques. Martinez de Pasqualy nous le rappel au sujet de son traité en soutenant que Dieu « émane constamment ». La Création ne peut être perçue comme un acte ponctuel, déroulé et finit. Ainsi, il faut toujours faire l’effort de distinguer le déroulement du processus, du temps, bien que notre intellect ne nous le permette pas toujours. Il faut aussi garder à l’esprit que les étapes, matérialisées comme nous le verrons par des sphères, des mondes ou des récipients, ne sont pas des objets spatiaux. Les correspondances entre les astres des sciences astrologiques et les Sephiroth, ces « sphères » cosmogoniques, pouvant induire en erreur.
Nous nous baserons dans cette étude sur les travaux du Rav Yudah Ashlag (Baal Hasoulam), très grand kabbaliste du XX° siècle, lui-même disciple posthume du célèbre « Ari », c'est-à-dire Isaac Louria.
Les 4 niveaux de la lumière directe
La Kabbale nous enseigne que le St Béni soit-il, le Seigneur Adonaï, au commencement était AIN SOPH OR, Lumière absolue et infinie, absolument pure, simple, et englobant toute chose. Cet état indifférencié est souvent associé au néant, à la nuit éternelle, mais surtout à la mer primitive. Il est en tous cas celui de la pré-création. Le créateur (BORE) est de toute bonté. Etant d’essence absolument bonne, sa lumière (OR), devient volonté de donner, donc désir de se manifester. Ainsi, le germe de la création est en place. Cet état de la lumière divine est appelé KETHER (la couronne). Appliqué à l’homme, il est ADAM KADMON, l’homme originel, totalement Un avec le créateur, une âme indifférenciée, l’homme d’avant la chute d’après le Martinézisme.
Ayant la volonté de donner, et ce désir étant si fort (on parle de MAATZIL), le Créateur décide de créer un récipient, de creuser un contenant en lui-même, afin que sa lumière puisse l’emplir. Ce premier récipient (KLI), marque le commencement de la création, et ainsi la naissance de la créature. C’est la première séparation entre le Créateur et sa création. Le Créateur donne (NETINAH) car il aime, et le récipient reçoit (LEKABEL). Ca n’est pas encore un « désir » de recevoir mais une réception « par nature ». Cet état est manifesté par la lettre Yod, première lettre du tétragramme divin, ou nom de Dieu (Yod Hé Vaw Hé), et correspond à la formation de la Sephirah HOCKMAH (la sagesse). La lumière emplissant cette Sephirah s’appelle « OR HAYAH » (lumière de la vie également appelée OR HOCKMAH). Le monde ainsi créé s’appelle ATZILOUTH, c’est celui de la formation, le monde des archétypes.
Afin de ressembler au créateur, la création, emplie de sa lumière, appelée dans ce stade « OR HASSADIM » (lumière du Cœur), décide de donner. Ainsi, elle se vide de sa lumière afin de la renvoyer à son envoyeur. La création et le Créateur s’aiment tellement que chacun décide de tout donner. Cependant, la créature n’a rien en soi à donner, car vide. Cet état est manifesté par la lettre Hé, celle du souffle divin, deuxième lettre du tétragramme. Il correspond à la Sephirah BINAH (l’intelligence) et au monde de BRIAH.
Cette triade, KETHER-HOCKMAH-BINAH est le ternaire supérieur de la manifestation.
Pour combler le vide de Binah, la création s’imprègne de la Vérité suivante : « la seule façon de combler le Créateur, c’est de recevoir sa lumière ». Lorsque cette lumière est ancrée en elle, elle va pouvoir la renvoyer, la donner, afin de ressembler à son Créateur. La lumière devient alors « OR HOCKMAH HASSADIM » (Lumière de la Vie éclairée par le Coeur). Ce « vase » reçoit et donne. Cet état, manifesté par la lettre Vav (la lettre de l’empreinte), est incarné en TIPHERETH (la Beauté). Son monde est YETZIRAH. Il faut savoir que c’est ici dans la Sephirah TIPHERETH qui sont inclus les Sephiroth HESED (la miséricorde), GUEBURAH (la force), TIPHERETH BETH (la Beauté intérieure), NETZAH (la victoire), HOD (la Gloire) et YESOD (le fondement). Certains kabbalistes chrétiens font également référence à la Sephirah DAATH (la Connaissance), située au centre de la triade supérieure.
Ayant refusé une partie de OR HOCKMAH, la Création connaît un réveil passionné éclairé par le souvenir de la réception totale de cette lumière. Ce désir de recevoir pleinement est un aboutissement. C’est l’achèvement de la première émanation. Il est incarné par la Sephirah MALKOUTH (le Royaume) et manifeste le monde d’ASSIAH.
A différents stades d’émanations, différentes formes de lumière correspondent à différents états de « l’âme». D’où le fait qu’il existe plusieurs noms dans la Kabbale pour désigner l’âme. En KETHER et dans le monde d’ATZILOUTH, on ne peut parler d’âme au sens strict. En effet, elle n’est pas assez séparée de la lumière originelle pour pouvoir se différencier. La source première agissant comme un aimant, la fusion entre la Créature (dans le sens d’individualité ici) et le Créateur, est instantanée. Ca n’est que dans le monde de BRIAH que l’âme se distingue assez de la source pour se nommer « NESHAMA ». On parle ici d’un certains degré d’indépendance plutôt que d’une séparation véritable. NESHAMA désigne l’étincelle divine, l’Esprit (Noûs dans la tradition grecque). Dans le monde de YETZIRAH, l’âme devient ici volatile, indépendante du créateur mais reste encore spirituelle, elle est son agent, elle devient « vent » (ROU’AH, « pneuma » en Grèce), son souffle. En ASSIAH, l’âme se densifie et devient NEPHESH (lumière de la Vie installée dans le Corps). Le corps dans son sens matériel est l’état de la lumière dans notre Monde, situé sous ASSIAH : OLAM AZEH : Notre monde, et l’âme qui le constitue est perçu par la Kabbale comme l’aboutissement du désir de recevoir.
Tout ce qui est s’inscrit dans ces quatre étapes de la Création appelées BHINOTH OR YASHAR (les 4 niveaux de la lumière directe).
Le Tzim Tzoum ou la restriction
Le premier éloignement véritable de la création par rapport au Créateur est du à la présence intense de la lumière en MALKOUTH (dans le sens de quatrième niveau, BHINA DALETH). En effet, ayant le désir de ressembler à son Créateur, face au MAATZIL, la création a honte (BUSHA) de tant de lumière accordée. Cette honte de recevoir implique un rejet total de la lumière et la disposition d’un écran réfléchissant (MASACH). Ainsi, l’écran renvoie la lumière du créateur qui devient réfléchie (OR HOZER) ; elle remonte les plans de la création en revêtant les dix Sephiroth et devient elle-même récipient à la place de MALKOUTH. Le désir de donner et le désir de recevoir seront alors proportionnels. En clair, à chaque refus de recevoir, correspond l’émergence d’un nouveau récipient. Au final, la Création pourra jouir de la lumière du créateur tout en transformant cette frustration du recevoir en plaisir de donner, car rien ne satisfait plus le Créateur, que sa création qui reçoit. Ainsi, en recevant, la création réjouit le créateur, qui a lui, formé pour la « convaincre », d’autres récipients pour qu’elle puisse puiser dedans, afin de transformer la position de récepteur de la création, en celle de donateur. Ainsi, les nouveaux récipients seront contenus en MALKOUTH, et deviendront nécessaires au bon fonctionnement de cette Sephirah. En remontant, la lumière réfléchie, OR HOZER, fera que chaque récipient sera réactivé en fonction de son désir de recevoir. Et à chaque récipient, elle prendra le « vêtement » de chaque Sephirah, c’est pour cette raison que l’on dit que chacune des Sephirah contient en elle-même les dix Sephiroth. Ce processus, palliant à la restriction (TZIM TZOUM) est appelé Réparation (TIKOUN). Il est multiple dans le sens ou il y a plusieurs restrictions (TZIM TZOUM BETH…etc), cependant on dénote l’existence d’une réparation finale incarnée par le messie (MESSIAH). Les TIKOUN successifs, véritables processus « historiques » de sauvetage de la lumière divine « emprisonnée » dans les gangues des sphères « denses » (QLIPHOTH : écorce), sont eux incarnés plus particulièrement par les prophètes bibliques.
Les différents « sous-mondes » (PARTZOUF) sont très nombreux dans la Kabbale et on tous un rôle différent à jouer en fonction des mécanismes de TZIM TZOUM et de TIKOUN, prenant successivement les polarités des Sephiroth et des Plans d’existence (les mondes). Il serait inutile ici de les énumérer et d’établir un tableau complet de la Création décrite par la Kabbale. Cependant, il est intéressant de noter que la Création elle-même n’en finit pas d’émaner, de créer, de se restreindre, de se réparer, dans différents niveaux de formation des mondes. On ne peut donc pas concevoir dans la Kabbale, qu’un unique mouvement descendant. C’est la raison pour laquelle il serait intéressant de penser que la remontée de l’homme jusqu’à Dieu s’inscrit elle-même en tant que processus de Création, et non comme un véritable retour suite à un acte, un crime, commis, déterminé et « finit ».
(Photo du baal shem tov)
Enseignements tirés de bnei baruch ( http://www.kabbalah.info/ )
